Construire un lien

« Plus on en sait sur une chose, plus grand est l’amour. »
Paracelse

Pour nourrir l’amour, ce qui compte, c’est de construire un lien. Ce lien se nourrit de gestes bien sûr, mais aussi de paroles. Oui, même un bébé parle et écoute. Il a besoin qu’on lui parle et qu’on se mette à son écoute. Pour les parents, comprendre tout ce qui se vit chez son petit construit la relation et, pour le nourrisson, sentir que ses parents sont au courant de ce qui l’habite fait une grande différence.

Mother Resting Head on Infant’s Chest

L’importance de l’attachement…
Les psychologues nous ont fait comprendre l’importance du bonding – aussi appelé «attachement» en français- base d’une bonne estime personnelle chez l’enfant. Parler à un bébé est bien, c’est même nécessaire, mais ce type de communication à sens unique ne fait pas évoluer la relation autant que le souhaiterait le bébé… ni les parents. Dans certains cas, pour continuer de nourrir ce lien d’amour, il est absolument nécessaire d’obtenir des informations plus précises au sujet de l’enfant. Par exemple, ne pas comprendre qu’un bébé pleure parce qu’il a faim n’aide pas le nouveau-né à construire le lien de confiance envers ses parents qui sont ses pourvoyeurs de soins de base. Je sais très bien que vous n’allez pas de ne pas laisser votre bébé mourir de faim, mais il y a d’autres sortes de nourriture qui ne sont pas physiques.

Les ressources…
Régulièrement, en tant que parents vous aurez besoin d’aller chercher des informations importantes à propos de votre bébé. Celles qui parlent des besoins physiques sont les plus faciles à interpréter et, passés les premiers temps d’adaptation normale, vous y arrivez très bien. Les livres, internet et les différents professionnels qui gravitent autour de la famille vous aident probablement aussi. Mais en donnant littéralement la parole à la Sagesse des bébés, je me suis rendue compte que les bébés expriment tellement plus que ces demandes de soins physiques basés uniquement sur leur estomac (pleurs de faim) ou leur digestion (pleurs de coliques).

Son être global…
Par ses pleurs, ses maux et ses comportements, votre bébé essaie de nous donner de nombreuses informations qui concernent son être global: s’il nous parle souvent de son corps physique, il s’exprime aussi au sujet de ses émotions, de ses pensées et même au sujet de ce qui habite son âme. Si tout va bien, l’attachement se fait graduellement au cours des premiers mois, mais parfois un événement vient contrecarrer l’installation ou l’approfondissement du lien d’amour. En écoutant attentivement les bébés au moyen de la PAB® (qui signifie «Parole Au Bébé»), cette approche que j’ai mise au point en m’inspirant du test musculaire de la Kinésiologie Appliquée, discipline dans laquelle on m’a formée, j’ai appris que les tout-petits vivent parfois des situations importantes… à notre insu.

Oser demander…
La plupart du temps, les parents ont besoin d’un motif sérieux pour solliciter une consultation avec un professionnel pour leur bébé. Peu importe de quelle aide il s’agit, demander de l’aide à l’extérieur n’est pas du tout facile. Lorsqu’un problème se présente (qu’il se range dans la catégorie des problèmes physiques, comportementaux, développementaux ou autres), que la médecine n’arrive pas à le solutionner, que le sentiment d’impuissance ou de découragement prend toute la place, je vous encourage quand même à persévérer à chercher des réponses.

Rien que de petits problèmes…
Il est compréhensible que, pour un médecin débordé et exténué, surtout à une clinique d’urgence/sans rendez-vous ou à l’hôpital, des pleurs de bébé, un sommeil perturbé, un problème d’allaitement, des infections à répétition (les «petits» rhumes d’hiver et les fameuses otites) peuvent apparaître moins importantes qu’une crise cardiaque ou un crâne fracturé. Mais pas pour un parent. Ni pour le bébé dont ces symptômes sont ses mots. Je vous encourage à continuer à vous interroger et à croire qu’une solution et une réponse existent au problème auquel votre bébé et vous faites face.

Pour illustrer ces situations «cachées» aux yeux des parents que vivent à notre insu les tout-petits qui ne savent pas encore parler et qui se traduisent à l’extérieur en toutes sortes de maux et de comportements, voici l’histoire d’un bambin bien indépendant… un peu trop même, aux dires de ses parents

L’histoire de Jo…
Jo est un garçonnet de dix-sept mois qui, selon ses parents, a l’air perpétuellement en colère. Sa mère m’explique que son fils refuse d’obéir à toutes ses demandes, même la plus anodine, même celles qui l’invitent à une activité dont il raffole. Il rejette d’emblée tout ce qui vient d’elle, même lorsque ce qu’elle lui offre semble correspondre exactement à ce dont il a besoin ou envie. Les moments-clés qui ponctuent les activités principales d’une journée sont particulièrement intenses (les repas, la mise au lit et tout ce qui touche sa sécurité et ses soins de base).

Tout seul…
Par exemple, lorsqu’il a faim, il refuse absolument tout ce qu’elle lui propose. Ce n’est que lorsqu’elle le laisse se débrouiller seul, qu’il accepte de faire quelques essais par lui-même. Il ne mange que ce que lui décide. Pour la mise au lit, il refuse qu’elle le borde et l’embrasse. En fin de journée ou au moment de la sieste, lorsqu’il est fatigué, il s’en va jouer seul dans sa chambre pendant quelques minutes puis va se coucher de lui-même sur un matelas facile d’accès (posé directement au sol et entouré de coussins). La mère ne peut qu’assister à cette mise au lit du pas de la porte le cœur meurtri, sans intervenir, impuissante à lui offrir son aide ou sa tendresse. C’est le seul moyen qu’elle a trouvé pour qu’il accepte de s’endormir sans faire de crises épouvantables.

Avec son père, la situation est un tout petit peu moins pire, mais il travaille de longues heures, termine très tard presque tous les soirs et voyage souvent hors du pays, ne rentrant souvent pas du tout pendant plusieurs jours. Ce bébé offre le portrait parfait de l’enfant de deux ans, en rébellion contre l’autorité, affirmant son «je» de toutes ses forces… si ce n’est qu’il a toujours été comme ça! Ces parents -et ce bébé- vivent un vrai enfer et la relation se dégrade continuellement. Découragée et inquiète, la mère me dit: «Et il n’a que dix-sept mois, qu’est-ce que ce sera lorsqu’il sera adolescent!»

Une fausse colère…
En réalité, lorsqu’on lui a donné la parole au moyen de la PAB®, le bambin nous a fait comprendre qu’il n’était pas du tout en colère comme on le croyait: il se sentait plutôt inquiet, très anxieux. Il nous a précisé que ce sentiment d’insécurité a commencé pendant sa naissance, plus particulièrement au moment du travail actif de sa mère, juste avant et pendant la poussée. En lui posant des questions et en recevant ses réponses, on a mieux compris ce qui c’était passé à ce moment charnière.

En pleines contractions…
Il y a donc 17 mois, la mère à la maison était en pleines contractions depuis quelques heures. Au plus fort de son travail, elle s’était sentie déchirée entre l’urgence de réveiller son conjoint pour partir pour l’hôpital et la peur de le réveiller pour rien. Son mari venait juste de s’endormir, revenant à peine d’un long voyage, épuisé en plus par un très grand décalage horaire.

De plus, au cours de la dernière semaine, elle avait connu quelques épisodes de «faux travail», la faisant maintenant douter de la réalité de ce «vrai» travail. Au lieu de ressentir en elle l’action juste à prendre, au lieu de trop penser à «l’autre» (i.e. la fatigue de son conjoint)  elle a complètement figé, immobilisée qu’elle se sentait entre deux actions complètement opposées.

Comme son subconscient nous l’a appris pendant notre rendez-vous, la peur de déranger était déjà un thème très présent chez elle depuis des années. Son incapacité à prendre une décision l’a stressée au plus haut point. Son bébé, encore en elle -mais lui aussi en plein travail!- a perçu son grand stress, de même que sa peur et son incapacité à faire face à ce qui lui arrivait. Il a alors conclu qu’il ne pouvait que se débrouiller tout seul et s’est mis au monde dans la salle de bain du domicile pendant que son père dormait toujours et que sa mère paniquait.

Le vrai problème…
Une naissance rapide se passe généralement bien, et ce fut le cas au niveau physique, tant pour la mère que pour bébé Jo. Ce n’est pas, non plus, le fait d’accoucher à la maison ou sans la présence d’un médecin ou d’une sage-femme qui a causé ici le problème, c’est plutôt l’état de panique résultant du conflit intérieur de la mère. C’est aussi le sentiment de solitude complète et d’abandon de l’enfant en train de naître en plein coeur de la panique de sa mère qui nuit maintenant à la construction du lien.

La personne sur qui Jo devait compter pour lui donner la main pendant sa naissance -un moment crucial pour lui- n’avait pas été là pour lui. Depuis lors, il ne se sent pas en sécurité lorsqu’il est seul avec sa mère. Il refuse tout ce qui vient d’elle, préférant expérimenter par lui-même l’action juste qui apaiserait son stress. Il répète ce qu’il a fait en arrivant au monde: il se débrouille tout seul.

Se comprendre l’un l’autre…
Pendant sa naissance, il a ressenti l’intense anxiété de sa mère et a vécu sa naissance comme un événement où il devait se débrouiller tout seul, sans compter sur personne. Et seul, il l’était vraiment. La première fois où il avait vraiment besoin que ses parents l’accompagnent, ni l’un ni l’autre n’avait été là pour lui: la mère habitée de sa propre panique, le père épuisé et pas au courant de ce grandiose  événement. Sa confiance en eux, surtout en sa mère en a subit le contrecoup. Sa capacité à bien s’attacher en confiance en a été bouleversé. Il a conclu qu’il ne pouvait pas se fier à qui que ce soit lorsqu’il avait un besoin.

D’avoir permis à Jo de dire tout cela à sa mère l’a aidé à raccommoder leur lien d’amour et de confiance. Je les ai aidés à mieux se comprendre l’un l’autre et à rattacher les nœuds de leur lien qui pendaient chacun de leur côté. Nous avons fait une courte incursion dans les passés de Jo qui l’avaient préparé intérieurement à ne compter que sur lui-même. Mère et fils ont mieux compris ce qui les éloignait, et cette conscience les a aidés peu à peu à se rapprocher, tant au cours du rendez-vous qu’au cours des semaines qui ont suivi. Dans une rencontre suivante où la mère est venue seule, cette fois pour elle-même, on s’est penché sur sa peur de déranger et de l’inaction qui s’en suivait à chaque fois.

Les «nouveaux enfants», comme on les appelle, qui arrivent sur Terre en ce moment ont besoin qu’on se mette à leur écoute, qu’on comprenne vraiment ce qui cause leurs maux, leurs pleurs inconsolables et leurs comportements -surtout ceux qui «dérangent». Ils ont besoin de guérir très rapidement des blessures qu’autrefois on aurait mis des décennies à cicatriser. Tous les bébés ont besoin de ce changement de notre attitude envers eux.

Brigitte Denis
Consultante en périnatalité, conférencière, animatrice et auteure
   

2 commentaires sur “Construire un lien”

  1. Les nouveaux enfants ont commencés à naître il y a plus de temps qu’on ne le croit. Certains ont déjà quarante ans!
    La panique et la colère sont les émotions les plus fortes qui viennent en contre-coup de l’accouchement.
    La peur provient de l’abaissement soudain de la dopamine nécessaire pour la dernière poussée et la colère est l’excés de dopamine qui reste dansle corps quelques temps après. Dans un cas comme dans
    l’autre la péridurale évite les bouleversements hormonaux trop intenses et cela est bénéfiques pour la créatio du lien mère/enfant. Plus la mère souffre moins elle pardonne cette douleur psychique
    à son enfant et l’enfant va manifesté cette ambivalence des sentiments dans ses comportemens face à sa mère qu’il fera « payer » sous diférentes formes.

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