Culpabilité, honte, résilience et bonheur

Depuis toute petite, vers l’âge de 5 ans, en fait, j’ai compris que je devais me taire. J’avais imprimé dans mon inconscient que je ne valais rien et que je n’avais pas de place dans ce monde, en ajoutant au fait que je devais prendre soin de ma maman, violentée par son mari. Puisque je ne valais rien, j’avais au moins ça à faire pour me rendre utile et et avoir l’impression de servir à quelque chose.

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Comme je n’avais pas de place pour être entendue, ma seule façon de m’exprimer était de pleurer ou de piquer des colères (monstres ! se souvient ma soeur alors que moi, je n’en ai aucun souvenir). On m’envoyait invariablement dans ma chambre pour que j’aille me calmer.

Petite lionne heureuse avec sa maman jusqu’à l’âge de 5 ans, je me suis retrouvée du jour au lendemain, après le mariage, et sans aucun avertissement, dans une prison inconsciente, vivant dans ma chambre pour avoir la paix. Aucun câlin, pas d’écoute, pas d’accueil. De l’amour dans l’air seulement, de maman, quand elle en avait l’énergie puisqu’elle est tombée en dépression rapidement et n’en est jamais sortie.

Étant l’aînée de jumeaux arrivés ensuite, j’ai pris une place qui m’a suivie toute ma vie et que Claire Bouyssoux explique très bien dans cette vidéo :

Comment un enfant peut se créer une identité et une estime/confiance en soi quand il a une telle enfance ? Cela fait plus de 30 ans que je me pose la question, voyant clairement la différence de fonctionnement des personnes ayant eu de l’amour et des encouragements versus des personnes – dont je suis – dans une situation de carences affectives.

Tout au long de notre vie, on cherche la clé. On ne comprend pas. On travaille fort pour être heureux. On ne la trouve toujours pas. On se retrouve éventuellement encore seuls. On continue, instinct de survie, de vie, espoir que le bonheur existe, qu’on touche par flashs plus ou moins longs ravivant l’espoir d’une vie meilleure à chaque fois. Pas à pas, les moments de bonheur s’allongent et on accueille de plus en plus de joie dans notre vie.

Survie par dureté

A travers cette enfance, plusieurs façons de se protéger et de survivre vont être mises en place par l’enfant. Pour ma part, je me suis blindée dans un bunker dans lequel j’ai camouflé toute ma rancoeur, ma colère envers cette vie difficile, ma haine envers cet homme, ma profonde tristesse et ma jalousie – inconsciente – envers les personnes qui « réussissent » leur vie puisque j’avais imprimé que je ne valais rien (même si j’étais douée et première de classe tout mon primaire).

Résultat : je suis devenue une personne très dure, blindée, souffrante en-dedans mais aimante et aidant tout le temps, ne cherchant que la douceur de vivre et le repos auprès de personnes calmes et aimantes. Je faisais aussi tout pour éviter les confrontations et les chicanes tout en étant très carrée, directe, franche et parfois blessante mais sans le vouloir. Rien ni personne ne pouvait m’atteindre, autant positivement que négativement. De quoi faire fuir bien des gens qui ne savent pas regarder au-delà. J’en ai tellement souffert, de mon attitude et des résultats qu’ils m’apportaient, sans comprendre pourquoi mon ton de voix était si dur, par exemple, essayant par tous les moyens de le changer jusqu’à, finalement, me taire à nouveau jusqu’à il n’y a pas si longtemps. Je me suis tue durant plus de 25 ans.

Dernièrement, une situation m’a poussée dans cette blessure. Une personne avec qui j’avais partagé un peu de mon enfance m’a fait une suggestion de solution, laquelle a fait exploser le pattern. J’ai tellement pleuré ensuite car je venais enfin de comprendre de quoi et pourquoi je me sentais si coupable depuis toute petite et pourquoi ma vie avait été si dure.

La culpabilité profonde

Bx5FJ2TCcAAOJiHJ’avais demandé un jour à ma mère, quand j’étais encore très jeune, si elle était amoureuse de son mari – mon beau-père. Je voyais bien que ça n’allait pas entre eux. Elle m’a répondu non. Je lui ai alors demandé pourquoi elle s’était mariée avec lui.  » Parce que je pensais qu’il ferait un bon père pour toi  » m’a-t-elle répondu.

C’était donc la raison pour laquelle elle l’avait épousé.

C’est suite à ce fait que mon amie m’a dit ceci :

« Quand une personne est si dure, comme toi, c’est qu’il y a de la culpabilité en-dessous. Donc, est-ce que ça se pourrait que, en tant qu’enfant, tu te sois sentie responsable du fait que ta mère épouse cet homme et soit ensuite malheureuse avec lui ? La voyant malheureuse, tu t’es mis toute la culpabilité de la vie malheureuse de ta mère sur le dos puisqu’elle l’avait épousé, dans ta compréhension, pour que tu sois heureuse en ayant un père et non pour elle ? »

Le temps que les mots s’intègrent dans ma compréhension, les yeux subitement béats et le coeur battant la chamade, j’ai eu l’impression qu’une bombe compactée depuis très longtemps au fond de mon coeur venait d’exploser, provoquant des pleurs et sanglots venant de très très loin…

La pièce du puzzle

Pendant presque 50 ans, je m’étais sentie coupable du mariage de ma mère avec cet homme et de la vie malheureuse qu’il lui (nous) a fait subir. J’avais 5 ans quand j’ai imprimé cette croyance.

Du coup, la compréhension de bien des choses s’est mise en place, comme la dernière pièce du puzzle enfin trouvée : si maman a été malheureuse et que j’en étais responsable, je ne pouvais donc pas :

  • avoir une relation amoureuse heureuse – puisqu’elle n’en a pas eue;
  • réussir dans la vie – puisqu’elle a dû rester à la maison pour s’occuper de la famille et n’a pas eu le droit de s’épanouir dans son métier;
  • avoir des amis proches avec qui exprimer mes joies autant que mes peines – maman n’a jamais eu d’amis proches car elle ne faisait confiance à personne;
  • faire ce que j’aime vraiment et en être heureuse… par bouts, oui, mais je revenais invariablement vers une vie plutôt « neutre », sans argent ou très peu, sans bonheur… malgré tous mes efforts et mes lâchers-prise.

Cela explique aussi pourquoi:

  • j’ai « porté » ma mère toute ma vie, même après sa mort;
  • je me suis occupée et ai aidé tant de tant de personnes tout au long de ma vie, sans compter – valorisation à travers le don de soi;
  • tous les hommes avec qui je suis sortie m’ont trompée, sauf un;
  • je me sens coupable de bien des choses souvent et sans raison, donc la confiance en soi est, à certains niveaux, très peu présente alors que, dans les domaines reliés à mon blindage de jeunesse, là où j’allais bien (professionnel par exemple), j’ai tout à fait confiance.
  • inconsciemment mais avec des feelings désagréables que je ne pouvais expliquer, je ressentais une certaine jalousie envers les gens qui avaient reçu de l’amour, des encouragements, qui ont une famille, qui réussissent dans la vie;
  • je portais une colère profonde envers ma vie… etc.

Les raisons sont nombreuses et expliquent la majorité des situations de ma vie où j’ai été ou suis moi-même malheureuse. Comment pouvais-je être heureuse puisque, par ma faute, maman avait été malheureuse ?

Bien sûr, avec le chemin parcouru durant toutes ces années, le nombre de chaînes transgénérationnelles coupées, les prises de conscience, le karma nettoyé, la méditation et autres compréhensions et outils de cheminement, je suis bien plus heureuse aujourd’hui que je ne l’ai été pendant presque toute ma vie.

Il suffit d’une fois, d’un mot, d’un geste,
pour que la vie d’un enfant soit gâchée pour longtemps

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Do à l’âge de 4 ans… avant le 2e mariage de sa maman.

C’est quand même incroyable ce qu’un enfant peut imprimer dans son esprit qui va faire de sa vie un enfer et/ou un paradis… Sans compter les astres à notre naissance, notre karma, notre destin, etc… On a le choix de toujours continuer à se battre en ressassant le passé ou lâcher prise et vivre le moment présent. C’est là que se trouve le bonheur.

Pas à pas, petite poussée par petite poussée, on arrive à rester de plus en plus dans cet espace et s’approprier du bonheur… pour en vivre de plus en plus chaque jour. Quand on est prêt, la compréhension d’un espace de vie désagréable arrive alors avec la lumière qui s’allume enfin vers une autre partie de notre chemin vers une vie heureuse. Résilience et bonheur…

Ce sont ces pas vers le bonheur que je vous partage ici ainsi que dans mes stages pour que les participants puissent, eux aussi, découvrir les croyances de fond, en prendre soin, les déconnecter et créer un avenir heureux.

Avec Amour

Do

© Dominique Jeanneret, toute reproduction de ce texte permise, en tout ou partie, dans un espace non-commercial, à condition de ne rien y changer et d’ajouter ma signature ainsi que ces lignes et un lien vers www.chemindevie.net. Merci pour votre collaboration.

Thérapeute en intégration psychocorporelle (PCI)
Accompagnante psycho-spirituelle et énergétique
www.dominiquejeanneret.com, www.omaction.net
www.facebook.com/dominiquejeanneret4

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