Dysfonctions dès la naissance

Dysfonctions dès la naissance 1Voici un extrait du livre de Sylvie Dunn, Le concept d’amour en psychothérapie : Un outil au service de la relationDysfonctions dès la naissance 2. Je m’attendais à y trouver des informations utiles et intéressantes sur la relation patient-psy mais, en fait, au début de son bouquin, Mme Dunn explique le développement de la relation avec le bébé, la relation mère-enfant, père-enfant… J’aimerais vous faire partager ici quelques passages qui m’ont touchée car j’ai compris certaines choses par rapport à moi-même, en pensant à ma mère :

Pages 28 à 32

Nous savons que l’être humain a besoin, dans une mesure certaine, de l’amour et de son  corollaire, des bons soins de ses parents pour se développer et que l’absence d’amour a des conséquences majeures sur le développement de l’enfant. (…) Ainsi, Boris Cyrulnik démontre comment la tendresse, ressentie par la mère au moment du premier «faux sourire» du nourrisson, a sur lui un effet développemental majeur et qu’en l’absence de cette émotion, le développement se trouve entravé :

«(…) le premier sourire est déterminé par une sécrétion bioélectrique du cerveau, un neuro-peptide. (…) elle (la maman) interprète la mimique
faciale comme un sourire. Disons brutalement qu’elle fait un contresens. Mais les conséquences de ce contresens initial s’avèrent considérables car la voici qui, émue et réjouie, veut manifester à son tour sa tendresse. Elle s’approche de lui, le serre dans ses bras, l’embrasse; elle crée autour du nourrisson un monde sensoriel de chaleur, d’odeur, de proximité vocale. Résultat : elle stimule la fameuse hormone de croissance du bébé.»

Parlant des mères dépressives, incapables de répondre à ce premier sourire, Cyrulnik ajoute : «(…) par leur absence de réaction au sourire, elles créent autour du bébé ce que j’appelle un «monde sensoriel froid», ni mimique faciale, ni odeur, ni contact. L’ontogénèse du sommeil se fait alors plus difficilement et la croissance de l’enfant s’en trouvera retardée.»*

(…) Cette disposition de la mère face à son nouveau-né, l’élan du coeur qui la pousse à caresser son enfant, c’est de l’amour. Cet amour sera la pierre angulaire sur laquelle se construira tout l’édifice des soins qu’elle lui prodiguera. C’est ainsi qu’elle se découvrira être la mère «suffisamment bonne» dont parle Winnicott : « »La mère » (qui n’est pas forcément la propre mère de l’enfant) suffisamment bonne est celle qui s’adapte activement aux besoins de l’enfant. (…) cette adaptation exige que l’on s’occupe de l’enfant sans contrainte et sans éprouver de ressentiment. En fait, pour que les soins soient bénéfiques, c’est le dévouement qui importe, non le savoir-faire ou les connaissances intellectuelles. La mère suffisamment bonne (…) commence par témoigner d’une adaptation presque totale aux besoins de son bébé (…)»**.

(…) Le réglage parfait et répété des anticipations empathiques de la mère aux besoins du bébé amènera ce dernier à faire l’expérience d’avoir créé  l’objet, ce que Winnicott appelle «l’expérience d’omnipotence». Ce processus est essentiel au développement de l’enfant afin de lui donner le sentiment d’un pouvoir sur le monde extérieur. La mère dévouée reflétant à l’enfant ses propres expériences agit comme un miroir. Ce faisant, elle donne sens au monde fragmenté du bébé et permet l’intégration du Soi. Winnicott dit «Quand je regarde, on me voit donc j’existe.».

(…) Cependant, lorsque le parent, pour toutes sortes de raisons, n’a pas accès à cette qualité d’amour, qu’advient-il de l’enfant ? Winnicott dit «Un bébé peut être nourri sans amour mais un aménagement impersonnel et sans amour ne saurait produire un nouvel enfant autonome». Il
soutient que l’échec de la mère à favoriser chez son bébé l’expérience d’omnipotence (…), ainsi qu’à l’échec à se retirer progressivement et de manière adaptée de la matrice couple-nourrisson, afin de permettre une saine distanciation, sont les principales défaillances maternelles et ont un impact considérable sur le développement psychologique (…) de l’enfant.

Ainsi, le nourrisson mal tenu, manipulé brusquement ou sans chaleur, alimenté avec froideur ou selon un horaire pré-établi, plutôt qu’à sa demande, dont le rythme naturel de sommeil et d’éveil n’est pas respecté, qui voit de façon permanente apparaître sur le visage de sa mère de l’insécurité ou de l’hostilité, qui n’a de contact avec elle que dans les moments d’inconfort, ou qui au contraire, subit des empiètements constants, ne pouvant expérimenter une confortable solitude, celui-là erssentira ce que Winnicott appelle «une angoisse inimaginable». Il établit un lien très clair entre les défaillances de la figure maternelle et la psychopathologie en disant : «toutes les carences (qui pourraient engendrer une angoisse inimaginable) produisent chez le nourrisson une réaction qui entaille son continuum de vie. Si de telles réactions brisent continuellement ce continuum, elles instaurent une structure de fragmentation de l’expérience et le nourrisson (…) aura une évolution qui, presque dès le début, sera orientée vers la psychopathologie.»***

 

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* Boris Cyrulnik, La naissance du sens , Hachette Littératures, 1995, p. 85 et 86

** Donald W. Winnicott, Jeu et réalitéDysfonctions dès la naissance 3 , Éd. Gallimard, 1975, p. 19 et 20 

*** Donald W. Winnicott, Processus de maturation chez l’enfant. Développement affectif et environnementDysfonctions dès la naissance 4 , Ed. Payot, Paris, 1970, p. 15

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