Êtes-vous «Mère-Père» ou «Maman-Papa» ?

Êtes-vous «Mère-Père» ou «Maman-Papa» ? 1

Si vous possédiez une lampe d’Aladin ayant le pouvoir magique de réaliser tous vos vœux, l’utiliseriez-vous?

Nous croyons souvent qu’il n’est pas nécessaire de demander pour obtenir ce que nous désirons, croyant que tout va arriver comme par magie. Dans la vie nous n’obtenons pas nécessairement ce que nous désirons, mais ce que nous demandons. Alors, demandons-nous suffisamment?

Sommes-nous capables de demander sans tomber dans le piège de l’exigence? Pouvons-nous demander en prenant le risque que notre demande soit refusée ou au contraire que nos attentes soient comblées? La méthode ESPERE® développée par Jacques Salomé présente une façon fort originale de mieux communiquer en équilibrant les différentes fonctions relationnelles.

La loi de l’offre et de la demande

Les rouages de la communication sont activés par quatre fonctions relationnelles: Donner – Recevoir, Demander – Refuser. Les fonctions «Donner / Recevoir» sont les fonctions gratifiantes de la relation. Elles sont celles qui comblent, qui offrent. On nomme également ces fonctions «Maman / Papa».

Les fonctions «Demander / Refuser» représentent les fonctions plus frustrantes, c’est la partie qui refuse, qui prend sa place, qui interdit. On les nomme «Mère / Père». Pour qu’une relation soit vivante nous avons besoin que ses composantes s’expriment d’une manière équilibrée. Si je demande à 80% en n’offrant qu’à 20% du temps, je propose une relation malade, pathologique. C’est ainsi, par exemple, qu’un enfant vivant des pressions de performance en vient à saboter les demandes répétées par ses proches (parents, éducateurs).

Il faut prendre le temps de nous interroger sur la façon dont nous gérons ces fonctions. Laquelle domine? Laquelle est absente? Y en a-t-il une que nous nions, que nous fuyons? Quelle est celle qui nous demande le plus d’énergie, ou le plus de courage? Afin de mieux nous y retrouver, voici ces grandes fonctions et leurs caractéristiques.

Demander, prendre le risque de …

Demander, c’est prendre le risque de recevoir un refus ou d’être comblé. Si je suis libre de ma demande, l’autre est libre de sa réponse. Il faut aussi apprendre à faire la distinction entre désir, demande et besoin. Le désir a besoin d’être entendu et reconnu, pas forcément d’être comblé. La demande, quant à elle, a besoin d’être satisfaite directement ou indirectement et une fois entendue, elle est moins exigeante. Le besoin est celui qui doit être considéré en premier.

Un enfant peut avoir le désir de jouer au lieu d’être attentif aux instructions relatives au français. L’éducateur doit apprendre à entendre le désir de l’enfant, mais pas à le combler. Le besoin véritable de l’enfant est d’apprendre le français et l’éducateur est là pour répondre à ce besoin, et non à son désir. De même, en tant que parent, je suis là pour répondre aux besoins de mes enfants, et non à tous leurs désirs. Comprendre la différence qui existe entre un désir, une demande et un besoin permet aux parents de jouer leur rôle adéquatement et invite l’enfant à sortir de cette grande illusion que tout lui est dû.

Refuser, dire non à…

Refuser, c’est dire non, c’est s’affirmer, se positionner différemment en n’accordant pas à l’autre ce qu’il me demande. Je peux refuser sur un mode affirmatif: je me respecte, j’affirme ce que je ne désire pas et je renonce à l’approbation de l’autre. Je peux également refuser sur un mode privatif: je punis, je prive, je mets l’autre en difficulté, je le rejette, je l’ignore. En apprenant à dire non de façon équilibrée à l’autre, j’apprends à me dire oui à moi-même.

Exercer adéquatement les fonctions Demander / Refuser (Mère / Père) permet aux adultes de jouer sainement leur rôle d’autorité auprès de l’enfant, autorité prenant le sens de «rendre l’enfant auteur de sa vie». Les règles ou, ententes claires, constituent un repère pour l’enfant. Elles lui permettent de faire des choix et de vivre avec les conséquences de ceux-ci. L’enfant vit ainsi avec des «conséquences» et non des «punitions». Les conséquences le responsabilisent, alors que les punitions l’humilient et risquent fort de diminuer son estime personnelle.

Recevoir, s’ouvrir à …

Recevoir, c’est s’ouvrir à l’imprévisible, à l’inconnu. C’est laisser venir à soi les gratifications, les marques d’intérêt, sans les minimiser ou les disqualifier. Un enfant qui ne reçoit pas suffisamment et qui est obligé de donner au-dessus de ses forces développera un sentiment d’injustice l’amenant à vivre un déséquilibre. Il risque de se retrouver «parentifié», c’est-à-dire qu’il devient le parent de son propre parent avec tout ce que cela apporte comme détresse.

Donner, mettre à la disposition de …

Donner, c’est mettre à la disposition de l’autre, c’est offrir gratuitement sans attente ultérieure. Un don réel est dénué d’exigence. Un don assorti de conditions est un troc relationnel. Un enfant qui ne peut pas donner ou qui donne en ne se sentant pas accueilli, vivra un déséquilibre. Pour qu’une relation soit «juste», le droit de donner est aussi important que celui de recevoir.

Ainsi, pour l’enfant, rendre à ses parents ce qu’il a reçu, (le don de la vie) est un besoin. Le droit de donner conduit à gagner le mérite à une plus grande valorisation de soi; il nourrit l’estime de soi, moteur de l’action. Les parents ou les éducateurs doivent permettre à l’enfant de donner.

La manière dons nous avons reçu ou donné est ce qui a construit la confiance et l’interdépendance dans nos relations actuelles, passées et futures. Lorsqu’il y a un équilibre entre le donner et le recevoir, la relation est digne de confiance. Elle est viable, c’est-à-dire qu’elle nous nourrit. Ce type de relation augmente à la fois notre valeur, notre sécurité et notre liberté.

Pour une relation harmonieuse

Voici quelques règles à mettre en pratique dans notre quotidien:

• dans mes relations, je privilégie l’équilibre entre les quatre fonctions:

Demander / Donner / Recevoir/ Refuser

• j’apprends à reconnaître et à différencier les désirs, des demandes et des besoins;

• afin de ne pas entretenir la« pseudo-écoute», je garde en mémoire que celui qui me parle veut être entendu dans son vécu et son ressenti;

• il m’appartient de refuser un message, un geste ou une proposition qui ne me convient pas;

• lorsque je fais une demande ouverte, je dois prendre le risque de recevoir une réponse négative ou positive de l’autre. Sinon, ma demande est une exigence déguisée.

Ensemble nous pourrons établir des relations saines basées sur la prise de conscience, le respect de soi, le respect de l’autre et la volonté de bâtir un monde où il fasse bon communiquer.

Suis-je à l’aise lorsque vient le temps de donner, de recevoir, de demander ou de refuser?

J’apprends à équilibrer ces quatre fonctions dans ma vie de tous les jours.

Janine Fortin
Formatrice en communication relationnelle, Québec