La sauge des femmes

La sauge des femmes 1

Avant que la sauge blanche ne devienne à la mode pour les cérémonies autochtones (depuis les années 70!), qu’est-ce qu’on prenait ici au Québec, pour purifier, dégager les mauvaises énergies, apaiser, nettoyer?

Dans mes nombreuses années de voyage, je ne rencontrais jamais d’ainées qui utilisaient autre chose qu’un gros bâton de sauge blanche. Sachant que la sauge n’est pas une plante du Québec (c’est une plante des déserts du sud ouest) et que botaniquement parlant notre flore ne comprend aucune plante de la famille des Salvia…

Comment on faisait, avant la sauge blanche?

La sauge des femmes 2
sauge argentée du désert d’Arizona, sauge blanche telle qu’on la trouve en boutique et sauge médicinale (alimentaire)

La sauge blanche telle qu’on la connait vient de toute cette mode des indiens des Plaines, au même titre que les coiffes à plumes, les pipes de cérémonies, les gros tambours et autres symboles identitaires autochtones. Tout ça ne fait pas partie de la tradition de nos ancêtres d’ici.

Un jour j’ai eu ma réponse dans le nord de l’Ontario, dans une communauté Crie. Un homme s’était blessé à la jambe et la plaie était très infectée. Une vieille femme est arrivée en se frottant les mains et a déposé sur la table une petite boulette de feuilles. Elle venait de se désinfecter les mains avec des feuilles d’immortelle.

C’est là que j’ai appris la plante s’appelle  »la sauge des femmes » parce que traditionnellement, ce sont les femmes qui accueillent les nouveaux-nés, qui soignent les malades ou qui lavent le corps des morts. Avant de toucher, il faut purifier. Après avoir touché, il faut aussi purifier.

La même boule de feuilles peut être déposée sur un morceau de charbon pour dégager une fumée douce et odorante, qui sert à purifier l’air et les énergies. Comme la sauge blanche. Les feuilles très étroites peuvent aussi être attachées avec d’autres feuilles odorantes pour fabriquer un bâton de smudge.

L’immortelle sert aussi à désinfecter la bouche (en mâchant les feuilles fraiches) ou à soigner les poumons (en respirant par bain de vapeur). Les feuilles sont aussi un antidote à des empoisonnements alimentaires, en cas de survie en forêt. (Encore une fois, résumé bref. Monographie complète dans le livre des Fleurs)

Il y a quelques années, un chargé de projet à Wendake (Québec, Canada) s’est adressé à mon patron, quand je travaillais à la pépinière, pour avoir une liste de plantes indigènes qui pourraient être plantées et enseignées aux touristes. Mon boss m’a mis en charge de ce dossier et, sans me nommer, j’ai transmis une liste dans laquelle j’expliquais  »la sauge des femmes ». Si vous voyez l’immortelle dans le jardin huron, saluez-la pour moi!

À l’origine et de façon très évidente et logique, chaque peuple a créé ses cérémonies avec les plantes de son territoire, pas avec des plantes du désert du sud-ouest… Ainsi, dans le nord des Prairies canadiennes, les plantes appelées sauges font partie de la famille des Armoises. Au Québec, nos sauges naturelles sont l’immortelle et sa proche cousine la gnaphale, de même que l’armoise du canada et l’armoise douce.

En passant… j’aime beaucoup la sauge blanche et je l’utilise tous les jours. Cependant, depuis que je connais l’immortelle, son odeur réveille en moi des vieilles mémoires cellulaires et des visions d’une autre vie. Quand je fais brûler des feuilles séchées d’immortelle, je vois une vieille femme, dans la fumée qui danse…

Bonnes cérémonies!
Bonne semaine et bon printemps!

Isabelle Kun-Nipiu Falardeau, La Métisse
www.lametisse.ca