Peut-on « gâter » un bébé?

On a beaucoup décrié l’enfant-roi, celui qui fait la pluie et le beau temps dans sa famille, celui qui décide de tout et devant qui les parents s’inclinent comme
devant un despote…

Cette notion qui touche le pouvoir -celui du parent versus celui du bébé- trouble plusieurs adultes. Ce sujet soulève entre autres la crainte de « se faire mener
par le bout du nez ». Il y aurait tant à dire à propos de gâter un bébé! Ce que je vous propose ici, c’est tout simplement d’écouter ce que disent les bébés à ce sujet. Ils nous parlent alors de
peurs et d’incompréhensions. On en découvre tant sur eux lorsqu’on leur donne la parole.

La peur de gâter le bébé…

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« Si je l’écoute, j’ai peur d’en faire un enfant gâté ». Cette peur, cette réticence qui met un frein aux élans du cœur, je
l’entends souvent, mais que signifie exactement cette expression? Le sens que je donne à un bébé « gâté » est un enfant en souffrance. Il n’est pas trop « choyé » comme certains l’entendent. Ce
que l’on a entendu, tout haut, nous les adultes, ce sont des plaintes, des exigences, des demandes, des pleurs et des cris. Mais, heureusement, la plupart des enfants sont persévérants. Oui, je
dis bien: heureusement! Réveillant ses parents plusieurs fois la nuit, toujours dans les bras ou collé au sein, geignant ou criant « pour rien », l‘enfant exprime un besoin pas encore assez bien
identifié pour y trouver une satisfaction profonde et durable.

En donnant la parole aux bébés que l’on dit capricieux, j’ai peu à peu compris que ce qui se dit tout bas, en l’enfant, c’est sa tentative de parler d’un vrai
besoin, d’un mal-être. Et il s’acharne. Oui, il dérange ses parents, mais c’est son insistance qui lui donne espoir d’être entendu. Et ses essais vont peut-être aussi lui permettre d’être enfin
compris. Pousser les parents à bout sert un besoin précis. Il ne cherche pas à les martyriser ni à prendre le contrôle sur eux. Et la bonne nouvelle, c’est que son comportement d’enfant « gâté »
peut évoluer très facilement en voyant son besoin profond comblé, comme dans l’histoire suivante.

L’histoire de Yan qui ne voulait plus grandir…
Carole et Normand viennent me voir en consultation de P.A.B. (Parole Au Bébé) avec leur fils Yan âgé de treize mois parce qu’il ne fait plus ses nuits depuis
quelque temps, lui qui dormait sept heures de suite depuis l’âge de six semaines. La famille proche incite les nouveaux parents à ne pas le gâter (« Il est en train de vous manipuler », ont-ils
entendu).

De son côté, le père pense qu’en se rendant à son chevet au moindre pleur-plusieurs fois chaque nuit- Carole est en train de se faire mener par le bout du nez. Ces
nouveaux parents ne savent plus quoi penser, ni quoi faire. Ils ont entendu tant d’opinions et de théories différentes : le laisser pleurer, le garder avec eux toute la nuit, se lever à chacun de
ses cris, l’habituer graduellement à se rendormir seul, autre chose? Ils sont si fatigués…

La Parole au bébé…
En donnant la parole à la Sagesse du bébé, nous avons donné l’opportunité à Yan de nous expliquer clairement pourquoi il se réveille la nuit et surtout comment
régler le problème. En effet, ne pas dormir la nuit, c’est un gros problème. Gros parce que cela affecte profondément tous les membres de la famille, de plusieurs façons. J’ai donc interrogé
cette belle Sagesse supérieure de Yan -mais aussi présente en chacun de nous, qui sait tout de nous peu importe notre âge. La P.A.B. est une technique à la fois physique et énergétique qui ne
cause aucun effets secondaires. Elle ne requiert aucun don psychique de la part du thérapeute. Je l’ai mise au point en m’inspirant du test musculaire propre à la Kinésiologie Appliquée. Le but
de la P.A.B. n’est pas de faire taire le symptôme ni de le masquer, ni même de le faire disparaître, mais de le comprendre de façon à ce que les parents puissent ensuite accompagner consciemment
leur enfant qui ne parle pas encore.

Yan prend soin de sa mère…
Dans le cas précis de Yan, l’intelligence innée du bébé a d’abord précisé que ces nuits en pointillés ont commencé autour d’un déménagement. En avançant dans la
consultation, le bambin nous a dit réagir à une émotion, plus précisément celle de sa mère. Voici ce qui habitait leur cœur et leurs pensées à tous deux. En triant et rangeant les vêtements de
bébé devenus trop petits, Carole a subitement pris conscience que son fils grandissait. Et elle a eu très peur de le voir grandir puisque, pour elle, cela signifiait qu’il allait -éventuellement-
la quitter. Manipuler ces minuscules vêtements a réveillé en elle la souffrance intense d’un très ancien sentiment de solitude dont elle n‘avait pas vraiment encore pris conscience jusqu‘à ce
moment.

Je prends soin de toi, maman…
En se réveillant la nuit, son bébé répond à son appel inconscient. Voilà, en fait, ce que Yan dit par ces réveils nocturnes : « Maman, ne t’inquiète pas, je suis
redevenu ton tout-petit bébé qui se réveille la nuit, qui ne grandit plus, qui va toujours rester près de toi et ne jamais plus te quitter. » Il prend soin de sa maman! Il prend en charge la
souffrance de sa maman. Nous avons fait d’une pierre deux coups, en comprennat en même temps pourquoi il n’acceptait plus maintenant que les purées bien lisses et son biberon. Comprendre son
comportement et comment il répond à une émotion maternelle inconsciente a suffi à remettre en route les énergies de tous… Et le faire dormir en paix. Yan s’est remis à grandir.

C’est la mère qui a pris le « remède ». Elle a senti le besoin de se pencher sur une ancienne souffrance datant de sa propre enfance. Les quelques rencontres
suivantes, où elle est venue me voir -seule cette fois-ont porté sur ce thème, ce qui a fait le bonheur de son bambin qui s’est mis à dormir profondément à nouveau toute la nuit sans aucune autre
forme d’encouragement ou de soutien. Du même coup, il s’est aussi remis à réclamer sa nourriture habituelle.

Un petit tyran malheureux…
Sous le comportement dérangeant d’un bébé, une demande est souvent présente. En prendre conscience redonne confiance en l’enfant et change sa perception aux yeux du
parent. On ne le voit plus comme un bébé gâté, mais plutôt comme une personne en train d’exprimer un besoin précis qu’il faut identifier. Bien sûr, à cet âge l’enfant n’a pas les mots pour se
faire comprendre, alors « tout » parle en lui. Même ses comportements et ses demandes fatigantes peuvent livrer un message important et surtout riche d’enseignements. Quel peut bien être ce
besoin? Là justement est la bonne question à se poser… et à lui poser! Trouver -de façon juste et précise- ce qui lui manque ou ce qui est inconfortable dans sa vie, comme dans l’histoire de
Yan, et bien identifier comment s’en occuper, mettra fin à son comportement de petit tyran… malheureux.

De plus, cette empathie lui fera sentir que ses parents sont de son bord, luttant côte à côte avec lui pour résoudre le problème en considérant leur enfant non
comme le coupable, le fatiguant, le jamais satisfait, mais comme celui qui appelle à l’aide pour un motif très précis qui mérite toute notre attention. Dans mon bureau, plusieurs jeunes enfants
ont témoigné que c’est très lourd à porter cette étiquette de «bébé gâté» et qu’elle coupe les ailes de l’amour…

 

Brigitte Denis donne la Parole au bébé, tant avant qu’après sa naissance.
Elle oeuvre au Québec (Estrie et Montréal) et en Europe une fois/année au printemps

 

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3 commentaires sur “Peut-on « gâter » un bébé?”

  1. J’aime ce texte qui rappelle que l’amour n’est pas calculable à la façon d’un adulte qui voit dans le bébé seulement le roi une contrainte qui lui est imposée. L’amour n’est ni calculable ni
    explicable par le raisonnement ou l’argumentation.

  2. un bébé est une éponge et ressent tout ce qui se passe
    mais il a besoin qu’on lui parle,

    Un bébé est un être ultra sensible,

    C’est plus tard vers 2/3 ans et après qu’il faut donner des limites

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