Plus je mécoute et plus je t’entends

Plus je mécoute et plus je t'entends 1

Comment peut-on réussir à se comprendre si on ne s’écoute pas?…

La non-communication et le manque d’écoute entre les adultes et les enfants ou les adolescents sont parmi les plus grands générateurs de violence.  Le sentiment d’impuissance qui en découle peut atteindre des degrés tout à fait terrifiants, voire insupportables. Qu’elle  soit verbale, physique ou psychologique, la violence apparaît alors comme l’unique moyen de faire baisser la pression créée  par la détresse extrême de ne pas se sentir entendu.

Comme l’humain est un être de relation qui a besoin  de communiquer, de se dire et d’être entendu, il est primordial, pour sortir de cette impasse, de créer, à l’école  comme à la maison, un espace permettant l’écoute véritable.

Écouter pour de vrai

Toutes  les formations, tous les enseignements,  toutes  les formes  de communication  reposent
avant  tout sur la qualité de l’écoute. Pour être en mesure d’écouter  réellement  l’autre,  il ne suffit pas d’entendre  les paroles qu’il prononce et d’en saisir rapidement  le sens. Il faut aller beaucoup  plus loin en s’assurant  que les mots utilisés ont la même signification pour celui qui les prononce  que pour celui qui les entend,  que l’aspect culturel  ne vient pas colorer  leur sens et que des charges  affectives incontrôlables  ne brouillent  pas la qualité de l’écoute.

Sans oublier  que nous avons souvent la malencontreuse  habitude de préparer  une réponse  avant même que notre interlocuteur  n’ait terminé de nous communiquer  son message, rendant  ainsi  l’écoute  quasi  nulle. Les questions  de l’enfant cachent souvent un point de vue, une inquiétude qui l’habite. Une réponse  donnée trop rapidement  les coupe de leur véritable questionnement,  leur donnant  la triste certitude qu’ils ne sont pas entendus.

Nous devons donc apprendre à aller au-delà du système «Questions-Réponses» pour offrir à l’enfant la possibilité  de se dire et de s’entendre.

Écouter la réalité de l’autre

Si la personne  qui écoute est trop préoccupée  par sa réponse, si elle est envahie par ses émotions, ou encore si elle a d’autres soucis en tête, elle aura de la difficulté  à être réellement  à l’écoute.  Faire attention à la réalité  de l’autre,  à l’environnement dans lequel il se trouve,  c’est tenir compte de tout un ensemble  de facteurs : les mots qu’il prononce,  le ton qu’il utilise, l’attitude qu’il a  vis-à-vis de nous, la posture  de son corps…C’est comme si, l’instant  que dure l’échange, nous nous «branchions»  sur l’autre pour bien saisir  l’essence  de son message.

Écouter ce que cela réveille en nous

Cependant, écouter c’est aussi faire attention  à notre propre  réalité.  Il ne suffit pas d’être branché  uniquement sur notre  interlocuteur. On doit aussi être à l’écoute  de soi, de ce que ses propos réactivent dans notre histoire, de ce que cela fait remonter en nous. Lorsque l’autre nous parle c’est qu’il a, consciemment ou non, une intention à notre égard : il veut attirer notre attention, avoir notre adhésion, nous émouvoir  ou tout simplement nous faire réagir.

Écouter l’autre,  c’est apprendre  à déceler  cette intention et pour réussir, on doit être attentif à ce que ses paroles  provoquent en nous. Et à ce chapitre, vous avez sûrement  déjà remarqué que les enfants  sont passés maîtres dans l’art de «peser sur le bon bouton» en réactivant I’ex-enfant qui vit en nous, en réveillant des émotions depuis longtemps endormies… En repérant ce qui se passe en nous permet  de saisir leurs messages avec plus de justesse.

Se dire, ou ne pas se dire

Pour se dire ou ne pas se dire, l’enfant utilise  plusieurs  formes de langage. Cela suppose chez l’adulte une écoute polyvalente  qui permet  de l’«entendre»  jusque dans son univers non-verbal. L’enfant nous parle par ses questions, ses somatisations, ses actes ou ses peurs.  Nous devons donc nous mettre réellement  à son écoute pour que se rétrécisse l’incroyable  fossé qui existe parfois entre ce que dit l’enfant et ce que nous, adultes, entendons.

Lorsqu’un enfant vit des difficultés à l’école,  que ce soit des troubles de comportement ou d’apprentissage, c’est qu’il tente à sa façon  d’exprimer un mal-être, une incompréhension, un questionnement, une peur ou un conflit.

Le problème naît généralement du fait que ses tentatives d’expression n’ont pas été entendues dans le registre  qu’il a utilisé  pour les dire. Souvent, les adultes interprètent son message comme un dysfonctionnement,  un symptôme gênant  à réduire  ou à supprimer, plutôt que comme un langage à comprendre.

Différencier  le sujet de l’objet

Pour que l’échange  soit fertile, il est important que nous centrions notre attention  sur le sujet, soit celui  qui parle, et non sur l’objet, ou de ce dont  il parle. Par exemple, lorsqu’un  enfant dit : «Je n’aime pas l’école»,  le je est le sujet et l’école  est l’objet. Il ne faut pas confondre ces deux aspects. Plus nous saurons  écouter l’enfant,  le sujet, plus il pourra accéder à ce qui est touché en lui, et plus nous serons en mesure de l’aider à solutionner la cause  de son problème.

Favoriser le passage

Accompagner un enfant, c’est cheminer avec lui. Une relation d’accompagnement dans le temps permet de passer à une forme d’écoute centrée sur l’enfant et non sur la difficulté. La relation d’accompagnement  favorise le passage de l’écoute active qui permet à celui qui parle d’entendre ce qu’il dit, à uneécoute participative où l’enfant devient auteur de son propre changement en découvrant lui-même ses choix  de vie et en en assumant les conséquences.C’est à travers le partage et les échanges avec l’autre que nous pourrons ensemble  créer  un environnement non violent où il fera bon vivre  et où nous pourrons  grandir mutuellement.

Janine Fortin
Formatrice en communication relationnelle, Québec